Témoignages

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La nuit dernière, une malfaisante pelleteuse a déraciné un abricotier sauvage qui s’épanouissait sur les hauteurs de Montmorin, dans le hameau de Coissard. Qu’avait-elle besoin de venir traîner dans ce coin paisible de l’Auvergne ?! Cet arbre aurait pu donner encore longtemps ses fruits à la saveur incomparable et au jus sucré.

Le patois d’émoi vient de perdre un de ses chantres les plus talentueux. Cet employé du jazz ne sera plus là pour relever les conteurs. C’est tout un Conseil Régional de l’Imagination de Traverse qui vient de se dissoudre.

Mais l’âme du Marvelous Band va demeurer parmi nous, vivace, tout comme celles de Mardi Cinq, de Ripipiou, du Petit Pao, de Lamas Say Yes, des KifKif et autres Chariots d’or. Berlioz n’a pas fini de faire des cauchemars ; et tu continueras toujours à nous faire rêver à des Bomonstres.

Au revoir Alain,
Näkemisiin ystävä,
Charles


Alain

– Le premier jour, il faisait jour lorsque je t’ai rencontré.

– Le deuxième jour, il faisait beau et nous sommes partis sur les routes pour écouter quelques anciens chanter ou jouer de la cabrette.

– Le troisième jour, il faisait chaud quand tu as fait autre chose avec ce que tu avais entendu.

– Le quatrième jour, il fit de l’orage quand le disque, avec le quartet de Louis, est sortie.

– Le cinquième jour, nous avons bu à l’ombre pour nous reposer.

– Le sixième jour, nous avons décidé de continuer et ce, par tous les temps.

– Quant au septième jour, il fait nuit, sous les paraboles de tes ombres.

Transportez le doucement

Emportez-le avec des voix d’enfants

« Léobard pas content »

André Ricros


Pour Alain.
En cette occasion si douloureuse, au nom de ses camarades de collège et de promotion 1961/65 de l’École Normale du Puy, j’adresse un hommage particulier à alin notre Major, en pensant en premier à son épouse, à ses enfants, à sa famille. Avec vous, nous partageons votre peine et nous vous présentons nos plus sincères condoléances.
Alain, ton problème de santé t’a emporté trop rapidement, toi qui respirais la joie de vivre et la plénitude. À cette nouvelle, nous avons eu du mal à contenir notre émotion, complètement abasourdi par le destin cruel et injuste qui s’abattait sur le plus jeune d’entre nous.
S’il fallait résumer ta vie en quelques expressions, je retiendrai:
– Le camarade de classe chaleureux et attentionné, toujours de bon humeur, avec aux lèvres des mots d’esprit et des jeux de mots appréciés de tous.
– Le philosophe de la vie qui savait faire la part des choses entre ses études et ses passions. Il pouvait se hâter lentement. L’emblème de notre promo qu’il avait imaginé et réalisé était « une tortue avec un frein à main ».
– L’intellectuel de premier plan qui forçait l’admiration avec des potentialités intellectuelles insoupçonnées qui lui donnaient une aisance dans toutes les matières, un boulimique de littérature avec une facilité d’écriture.
– Un musicien passionné: tout jeune, il tait friand de Ray Charles, Sidney Bechet et tous les grands du jazz. À l’époque, si vous cherchiez Alain, il suffisait de retrouver sa guitare, il était à côté: une entité indivisible; déjà, dès la première année, nous sentions poindre le « pro » avec les ébauches d’orchestres en compagnie de Daniel Dufètre, Gérard Sapet et Gérard Cuenca. Toutes les occasions étaient bonnes pour nous faire apprécier son talent. Il avait ses fans, sa « promo » et bien d’autres à l’EN.
– Le brillant enseignant qui a eu une magnifique carrière à Clermont-Ferrand et au Puy-en-Velay. Mais sa passion a quelque peu pris le pas sur sa vie professionnelle avec au bout une magnifique reconnaissance du milieu musical. Il a fait évoluer le jazz français contemporain. C’était une signature française et européenne, excusez du peu! Chapeau à l’artiste autodidacte!
– Après une trop longue séparation, toute la promo s’est retrouvée en 2011, en 2012, et avec un projet bien avancé pour septembre 2013. Ce fût un plaisir de revivre les bons moments passés et de savourer les anecdotes sulfureuses à la grande joie de tous.
Alain, pour ceux qui ont eu la chance de te rencontrer et de te côtoyer, nous en faisons partie, pour tous ceux qui t’ont apprécié, sois rassuré, tu resteras, longtemps, très longtemps dans nos coeurs.
(Pomo 1961/65)


Très cher Alain, tu as imaginé bien des musiques et des histoires, tu as même imaginé l’Auvergne, adossé à ses ancrages populaires que tu as tirés vers les ailleurs insoupçonnées, vers des sons culottés, vers des mots pour petits et grands, afin de les partager.
Il va nous falloir inventer la suite du parcours sans toi, sans ta fantaisie créative, sans ta longue silhouette de noirs velours, sans ton regard humaniste, sans tes pensées et ta parole dénuée de dogmatisme, sans ta tignasse d’Einstein, sans ton humour inquiet et interrogateur.
Tu nous laisses, comme l’écrit Pessoa « intranquilles ». Mais c’est une bien vilaine partition que tu nous joues. Avec Nadine, il y a quelques années, nous nous sommes découvertes une parenté – un peu vraie, un peu fictive, comme la musique, comme la vie, une parenté imaginée qui avait plu à notre amitié.
Je perds un frère, un ami, un camarade.
Au revoir très cher Alain, nous continuerons le chemin imaginé, autour de Nadine, autour d’elle.
Très cher Nadine, nous sommes près de toi et des tiens.

Annette


Ces quelques mots, quelques évocations pour témoigner mon affection à Nadine, Martin, Clément et Félix… Et saluer chaleureusement sa famille et la foule des amis d’Alain Gibert. Cap inédit, tel que le titrait l’album d’Apollo (du trio Apollo) épigraphé par Martin Gibert, cap inédit pour Alain, désormais « en corde à linge ibér ».

Nul ne peut regarder la mort en face – comme on le dit du soleil aussi. Soleil noir aujourd’hui pour nous tous.

Dans un article, pourtant en pleine guerre de quatorze, Freud soulignait combien nous ne voulions pas croire à notre propre mort et combien celle de l’autre nous posait en spectateur. Lorsque la mort foudroie un ami, un être cher, nous éprouvons combien nous sommes affectés et réalisons combien il comptait dans notre vie d’hier, d’avant-hier, combien il va compter longtemps encore.

Aujourd’hui, c’est ce qu’il était et ce qu’il fabriquait, ce qu’il écrivait et qu’il jouait, ce qu’il concevait et réalisait qui nous fait venir de partout, bien sûr pour être tous proches et tout proche autour de Nadine, de Martin, de Clément, de Félix, d’Hermann et de toute sa famille, mais aussi avec celles et ceux qui ont partagé depuis le début des années soixante-dix ce grand mouvement qu’a été le free jazz (black power).

À la première rencontre avec Alain, en 1972, il me fait écouter Albert Ayler, Ornette Coleman et l’on clôt avec My Favorite Things de John Coltrane. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre ainsi, « les radis » pousseront au Marvelous Band. Totalement chamboulé dans ma culture classique, ça ne s’est jamais arrêté depuis… Les musiques de l’ARFI sont des musiques de notre temps…

Dès lors, Alain Gibert nous a conduit sur les chemins de l’invention, de l’insolite, des surprises, de l’humour et souvent de l’enchantement. Nul plus que l’ARFI nous a proposé la possibilité d’un collectif créatif où chaque musicien compte pour ce qu’il apporte et échange avec les autres. Alain Gibert, l’un des fondateurs de l’ARFI, cette fabrique de la musique contemporaine, a beaucoup compté et compte encore pour ceux qui poursuivent à l’ARFI comme pour ceux qui sont partis mener leur propre aventure créative et conserver des liens avec Alain.

Alain, c’était du concret, du charnel, du politique. Sa rationalité mathématique le rendait logique dans ce qu’il disait, ce qu’il faisait, logique subversive aussi bien dans la composition que dans l’interprétation, la logique de la composition pouvant être soudainement déconstruite par la fantaisie et l’exigeante improvisation – souvenir imaginaire de l’Afrique mythique, dansons le ploukepingre, l’âge du cuivre, ce n’est qu’un combat, continuions le début…

Ses musiques, toutes ces musiques de l’ARFI parle au corps; c’était aussi un charnel, Alain, un rapport physique au monde, aux autres, à la musique: souvenez-vous comment il se mettait en scène lorsqu’il jouait. Il savait s’adresser à tous les publics, Auvergnats et d’autres contrées, voire d’autres pays.

Les enfants frémissaient lorsqu’il racontait, chantait des histoires : ça parlait toujours à l’imaginaire et il savait aussi nous faire rire avec ses pitreries, ses blagues, son humour toujours et son accent inimitable.

Politique était sa vie : c’était en effet une manière franche et ouverte de rapport au autres, une écriture musicale et des textes hors des modes consuméristes, son souffle pouvait décoiffer les immobiles de la culture. Bref, toujours engagé politiquement dans les voies de la liberté.

Salut le grand (comme on l’appelait parfois entre copains)… le grand Gibus.

Les artistes ont cette particularité de nous plonger dans une mélancolie joyeuse : pour toujours désormais, nous pourrons entendre, autant que nous le voulons, ses compositions musicales, parolières toujours nécessairement accompagnées de ses complices, de ses comparses, de tout ces compositeurs musiciens, interprètes au milieu desquels, parmi lesquels, avec lesquels demain ce folklore imaginaire continuera de vivre.

Gérard Querré

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4 réflexions sur “Témoignages

  1. Bertille Calinaud

    Mon cher Parrain,

    Aujourd’hui, le 9 septembre c’est la saint Alain. Et chaque année, depuis un certain temps , j’ai pris cette habitude de célébrer ce jour d’une manière ou d’une autre, un vrai rituel entre nous deux. La date était toujours marquée dans mon agenda, alors que je ne savais même pas le jour de ton anniversaire.

    Il y a eu les coups de téléphone où Nadine répondait et parfois me disais qu’elle avait oubliée, ce qui nous faisaient rire toutes les 2! Les cartes de plus en plus ridicules envoyées d’Angleterre (il faut dire qu’il y a beaucoup de choix ici), et les cartes puzzle qu’il faut construire, les crumbles aux pommes délivrés à Coissard, généralement accompagnés d’une ôde au crumble de ta part et, enfin l’année dernière une trouvaille bien British, un biscuit personnalisé que l’on poste, comme une carte que l’on mange.

    Cette année j’écris ce mot et je pense beaucoup à toi.

    Ta filleule – Bertille

  2. Nathalie GRENET GIBERT

    Tonton,
    Tu permets que je t’appelle tonton ? Tu n’aimais pas trop ça quand on était petit, mais je fais le pari qu’aujourd’hui, ça te conviendrait, et en tous les cas, c’est comme ça que te perçois à présent, tonton Alain
    Tonton, donc, beaucoup de choses se sont passées depuis ton départ que j’ai pensé te raconter, mais l’émotion restait trop forte
    Noël approche, on va réveillonner avec Nadine, Martin, Clément, Félix et Nancy, Herman et je sens le temps – et la force – venus de m’adresser à toi maintenant
    Le jour de ton enterrement, j’ai quitté Arsac tôt le matin, seule au volant et j’ai machinalement attrapé un disque dans la boite à gants, je l’ai inséré dans le lecteur
    C’était l’auvergnat de Brassens … J’ai éclaté en sanglots, et en même temps, derrière mes larmes, il y avait une intuition que les choses devaient être comme ça. Je ne sais toujours pas pourquoi tu as dû partir, mais la spiritualité à travers laquelle je perçois le monde me dit que quelque part cette chose si douloureuse, ton départ, a un sens. Cet auvergnat qui partait au ciel éternel, c’était toi, et, je n’en ai pas été surprise, ton enterrement a été un enterrement à la Brassens, les copains d’abord, ton cercueil sous son drap blanc, un peu à l’écart, depuis lequel tu nous regardais, tes copains encore qui tiraient puis retenaient ton cercueil, les vaches qui se sont regroupées sur le pré qui domine la petite route pour regarder passer la procession, ce magnifique cheval, un peu plus loin, qui a pris le galop pour me consoler un peu, ta musique sous les doigts et entre les lèvres de tes copains, cela a été un vrai beau moment
    En automne, saison de la séparation, j’ai rêvé de toi pour la première fois. Nous nous retrouvions tous les deux- chacun de nous sachant ta mort- avec un très grand plaisir. Tu m’as prise dans tes bras et m’a embrassée, je t’ai dit ma joie de ce moment partagé, puis nous avons parlé un peu de balades auvergnates. Je me suis réveillée vraiment heureuse de ce moment passé avec toi, et je t’invite à revenir me rendre visite, je t’attends
    Et puis, il y a ta musique que je découvre ou redécouvre, des choses que mes oreilles commencent à comprendre, d’autres qui me semblent toujours dissonantes, mais qu’importe, je passe plein de beaux moments avec toi, je ris avec le petit Raymond Rouge et son frère qui fatigue le chien, je revois pépé et mémé avec la maison rouge, je me revis petite fille dans votre appartement du Puy avec le ploukepingre, je souris avec les chiens aboient…, j’imagine pépé fredonner en patois avec lou pintou, et tout à coup je me mets à pleurer
    Après ta mort, il a fallu que je fasse des tas de recherches sur toi, j’ai senti que l’apaisement passerait par là, j’ai surfé sur internet des semaines durant à la recherche de traces de toi, d’interviews où je retrouvais ta voix si caractéristique, de concerts, de photos, j’ai pris contact avec bonnie Woolley, j’ai réécouté Steve et les chansons que vous jouiez quand les garçons étaient petits et qu’on venait vous voir en concert Blanquefort
    Par erreur – je voulais commander l’ogresse et j’ai acheté la sorcière- j’ai découvert le dernier album que tu as fait avec Steve sur les textes de cette jeune femme trisomique, Nathalie. Quelques temps plus tard, j’ai été invitée à une soirée dans un IME ; j’y suis allée sans trop savoir à quoi m’attendre, c’était la première fois que j’acceptais une telle invitation. Quand je suis arrivée et que j’ai vu tous ces visages et ces corps différents, sur scène, j’ai eu un moment de malaise, et puis des jeunes se sont mis à chanter un texte de leur composition, il y avait parmi eux plusieurs trisomiques, et je me suis retrouvée en larmes en pensant à ce disque de Steve, face à ces personnes différentes qui chantaient leur joie d’être là et de se donner à voir sur cette scène.
    C’est peut être là le sens de ta mort pour moi, ce que j’ai à en comprendre, à en apprendre. Un texte de la tradition zen dit quelque chose que l’on pourrait traduire comme ça, appliqué à ta mort : « la mort d’Alain n’est pas la mort d’Alain, c’est pourquoi je l’appelle la mort d’Alain ». C’est une invitation à la non fixation, qui redonne son sens à chaque chose. Alors c’est vrai, Tonton, que ta mort n’est pas ta mort, ta mort me fait grandir et avancer, ta mort me fait me questionner et considérer les choses autrement : est-ce que j’ai envie de partir bien vieille ou plutôt de partir « vite fait bien fait » comme toi, pourquoi pas ? Est-ce que je t’ai apporté toute l’écoute que tu sollicitais la dernière fois que l’on s’est vu ? Certainement pas. Pourquoi n’ai-je pas cherché à mieux connaître le musicien que tu étais quand tu étais là, pourquoi est-ce que ce même musicien se montrait si peu ? Il y a de l’histoire familiale dans tout cela, et c’est aussi ce que je cherche à travers toi, je crois, car au fond, tu étais celui qui à la fois avait pris le plus de distance avec cette histoire familiale – en apparence – et pourtant celui qui en était, avec acharnement, le plus grand témoin. Marier patois et jazz, aller si loin tout en restant tellement enraciné, il fallait être le Gibert fier de l’être que tu étais pour l’oser, et réussir à le faire partager
    Nous avions pris l’habitude depuis de longues années de passer un moment ensemble durant les fêtes, on vous invitait dans le gîte que nous louions et pas une fois toi et Nadine n’avez décliné l’invitation, vous avez chaque fois fait la route, parfois sous la neige ou sur le verglas, pour ce repas et ces quelques heures partagées. Cette année, fait du hasard ? je ne crois pas, pour la première fois depuis plus de dix ans, nous n’avons pas loué de gite
    Alors même si ta mort n’est pas ta mort, Tonton, elle nous prive pourtant bel et bien de ce moment
    J’aurai tellement aimé cuisiner encore une fois pour toi…
    A mon oncle préféré
    Ta nièce préférée
    Nathalie

  3. ruquois

    Je suis tellement triste …je cherchais des infos sur Alain Gibert et j’apprends qu’il n’est plus là …
    j’ai tellement aimé faire découvrir aux enfants de mes classes (maternelle) les contes du hasard domestique :ripipiou ,le chiffou de Maxou ,l’amie d’Annie etc …et maintenant à la retraite je continue à faire découvrir ces merveilles ,je le conseille aux jeunes mamans et institutrices.
    je suis émue que vous l’ayez accompagné en musique .
    Annick

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