Interview d’Alain réalisée par Geneviève Schneider le 18 février 2011 pour un livre sur Steve Waring

J’ai vu Steve une première fois sur scène, il y a très longtemps, il était venu jouer à la maison des jeunes de St Jacques, à l’époque il jouait avec Anne-Marie, sa première épouse. J’étais avec Christian Ville, on était déjà tous les deux jazzmen, on travaillait de temps à temps à la Maison des Jeunes de St Jacques, on a vu cette affiche, je détestais assez le folk à l’époque, mais Christian m’a entraîné.

J’aimais toujours aussi peu le folk après, mais je trouvais qu’il faisait des choses inouïes pour un folkeux, il jouait de la sanza… Plus tard c’est Maurice qui m’en a reparlé parce qu’avec le Workshop de Lyon, ils s’étaient croisés dans un festival communiste à Vénissieux. En même temps que le Workshop, Steve jouait avec son groupe américain, il y avait Steve Potts, des musiciens de jazz. Ils ont du parler de théâtre musical et Steve a été invité à voir une des représentations de ce que jouaient à l’époque Maurice Merle et Christian Rollet dans la compagnie « La Carrerarie », il a trouvé cela formidable, avec son enthousiasme habituel, il s’est débrouillé pour les rencontrer encore. J’étais un ami de Maurice, mais à l’époque j’habitais encore au Puy, il m’en a parlé : on a vu Steve Waring, c’est bien ce qu’il fait…

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Presse

Movimento, 20 juillet 2013

France CultureL’émission Movimento sur France Culture animée par Jeanne-Martine Vacher a rendu hommage à Alain Gibert le 20 juillet
Avec :

  • Steve Waring, compositeur-interprète américain
  • Christian Rollet, batteur, percussionniste. Membre de l’Arfi.
  • André Ricros, musicien, collecteur de sons, directeur de l’AMTA- l’Agence des musiques traditionnelles d’Auvergne.
  • Clément Gibert (fils d’Alain Gibert), saxophone, clarinette. Membre de l’Arfi.

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Hommage de Christian Rollet

 

Alain Gibert

Sa mort nous aiguillonne et nous désarçonne. Au pied du mur de  cette soudaine et irrévocable disparition, l’étonnement et  le désespoir nous saisissent au plus profond : nous avions, sans vigilance, laisser dans notre vie s’accumuler tant de versatilité, de mesquinerie, de faux problèmes, tant de dérisoire… et à cette heure, par cette absence qui nous est imposée définitivement, il nous apparaît soudain que, pour une large part, l’essentiel était à portée, depuis longtemps, dans la proximité avec cette personne là, que nous cotôyions et qui n’est plus.

Ce qui ne rend pas les choses faciles, c’est qu’Alain avait une aversion pour le pathos, dans les écrits, la musique ou les  spectacles ; sans doute de la pudeur, peut-être une sorte de fragilité de classe, intériorisée, une inhibition à fleur de peau, en présence des agressions de la forfanterie, du clinquant et de la virtuosité gratuite, qui sont des tentatives de domination culturelle.

Sa force à lui, évidente pour tous, tient dans la logique de son  raisonnement sans esbrouffe, mais tout autant dans un goût prononcé pour le paradoxe fructueux, le jeu sémantique des mots et ce qu’apporte le hasard de leur agencement homophonique.

Sa pensée s’est peu soumise au dictat lancinant des idéologies.

L’échange d’idées avec lui m’a toujours été nécessaire, unique, indispensable. Une addiction libre.

Ce qui va me manquer dans cette parole imprévisible, chaude, subtile, drôle, généreuse, enflammée et délibérément partisane, c’est le message inattendu, qui fait d’Alain un auteur de contes hors pair ;

C’est aussi la logique impeccable autant que déroutante de ses démonstrations surréalistes et son prosélytisme encourageant indéfectiblement la démarche collective ;

Ce sont ses sophismes intelligents, tenant lieu de dialectique poétique, qui, en réunion, balançaient culs par dessus tête les points de vue les plus équilibrés,  devenus les plus consensuels.

Comme compagnon de tournée, il a fait souvent succéder à de grands moments de discrétion économe, des fulgurances de générosité dont la fantaisie laissait sur place les plus grandes gueules !

Dans les conversations, dans ses textes, son propos, toujours précis, est tour à tour explorateur, divagatoire, prospectif, constructif, malicieux et provocateur mais jamais, dans ses choix de vie, la « moralité » comme il l’appelle, n’a fléchi dans son rôle déterminant de justice et de justesse.

« Moralité Surprise » !

Peut-être, d ‘ailleurs, ce domaine là était-il le seul où Alain n’exerçait pas, contre lui-même, un doute existentiel sévère, voire, ses derniers temps, dévastateur.

Il a dit un jour : «Quand l’instrument avance, la musique recule…»

Il est un musicien authentique parce que la musique l’habite et ne demande qu’à sortir en empruntant les voies ingénieuses induites par son imagination, son esprit faussement naïf et vraiment inventif.

Véritable praticien du folklore imaginaire, ses compositions sont apparues magistralement, évidentes, pleines de bonheur et d’espièglerie, emportant l’adhésion des interprètes, ses  amis, avec, en prime, un pied de nez à la sophistication discriminatoire et la culture d’élite.

Elles restent dans nos cœurs.

Ses partenaires, compagnons de route… de campagne, à jamais, ne tariront plus d’éloges sur son talent, son imagination, sa douceur et, surtout, ils vous parleront de la fidélité dont il a fait preuve à leur égard et qui les rassurait durablement sur la valeur de leur propre voie.

Depuis le début de sa vie de musicien, le souci et le plaisir de la transmission a accompagné toutes ses créations. Il a trouvé en lui-même des réponses décalées aux problèmes artistiques du compositeur et de l’interprète, (Il fallait lui écrire les partitions de trombone, en SiB et en clef de sol), et par sa capacité d’analyse réactive, il a réussi à rendre évident pour les autres, enfants ou adultes, l’abord serein de la complexité, devant laquelle, grâce à lui, ils demeuraient libres.

*Combien de personnes ont-elles été touchées par ce son de trombone « gibertisé » à la sanza, joué « En deçà du don » et au delà des catégories référencées ? (Il aurait préféré : «En deçà du Don, au delà de la Volga »)

* Combien de spectateurs ont été émus par les solos bouleversants donnés par ce grand corps d’homme-sauterelle vrillé par la concentration et l’effort?

* Combien d’enfants ont chanté ces chansons et ri à ses textes ?

* Combien de ses collègues d’orchestre ahuris, ont pouffé à ses narrations de barde illuminé, parfois hors de lui ?

* Combien de concerts donnés où le public a pu jouir de la suavité des mélodies inoubliables qu’il a composées ?

* Combien d’apprentis musiciens ont compris, par une démonstration n’excluant pas le bricolage, que la musique est à portée d’oreilles et de mains ? Que la musique est à porter au creux d’oreilles en friche ?

* Combien d’auditeurs, de spectateurs, longtemps après le concert ou l’écoute de ses disques, chantent et rechanteront ses thèmes ?

* Combien de musiciens confirmés ont reconnu immanquablement, en cet autodidacte échevelé, un compositeur et un arrangeur extraordinaire ?

Et combien d’amis ?

Peut-on l’évaluer. Peut-on le dire ?

Il le faudrait pourtant, définitivement, pour acclamer ensemble l’humanité de cet homme modeste que nous aimions !        

                                     

 Christian ROLLET

Hommages

De A à G, le petit abécédaire d’Alain Gibert

Du Free jazz Ensemble jusqu’à Kif-Kif, Alain Gibert a accompli un travail musical particulièrement original, créatif, extraordinairement diversifié, dense et fertile.
Un ouvrage mériterait amplement de lui être consacré !

Cet abécédaire n’aura d’autres prétentions que de s’approcher de l’œuvre et de l’esprit de l’ami qui vient de nous quitter et de solliciter d’autres témoignages à venir.

A

L’Ami d’Annie : « Voici l’histoire si bizarre, voici l’histoire d’l’ami d’Annie : l’ami d’Annie n’a pas de wapiti, pas d’kiwi, pas d’lama, ni d’ibis, pas d’ara, ni d’chat, ni d’rat ». Paroles et musique d’Alain Gibert. Sans doute son t
ube universel. Un petit trésor de mélodie à deux notes sur une rythmique quasi balinaise. Existe en version instrumentale et, sa version chantée, créée avec Steve Waring, va être reprise dans toutes les écoles de la République. Alain en fera aussi, à la demande du maire de Montmorin, son village, un arrangement pour l’Angélus des cloches de l’église.
Archéolo’Gib : Dans ce solo fraîchement décoffré, c’est Alain au naturel. Au trombone, il  alterne les suavités et les raucités, le trombone ouvert, avec sourdine ou « sanzé ». Il peut jouer, faire des percussions et chanter tout à la fois. Des comptines, des bourrées auvergnates, ses propres compositions en forme de confessions. Quand il colle un piano à pouce au bout du pavillon, il africanise l’instrument et son jeu tout autant. Son décor, c’est un trépied de branches de noisetier qu’il a décoré et sculpté à l’aide de son fidèle couteau suisse. Au final, il glisse deux gousses de flamboyant dans ses chaussures et s’en sert de sonnailles à pied, comme un homme-orchestre ressuscité.
Arfi : Alain en fut l’un des fondateurs et l’un de ses musiciens les plus féconds. Pour le critique Jean Buzelin, «il était de ceux qui ont véritablement inventé la couleur Arfi».
Auvergne Imaginée : L’expression figure sur la pochette du CD «Chariot d’Or»
dont  André Ricros assure la production (1995). La création de cette compagnie musicale par Alain et André remonte à 2003 et faisait suite à une longue collaboration entre eux, et ce, depuis le disque d’André, «Le Partage des eaux» où Alain fit les arrangements.

Depuis lors, la compagnie a produit de nombreux spectacles pour petits et grands, « contemporains mais ancrés dans une identité régionale forte » : «Jean de la Grive», «Les Contes du Hasard Domestique», «L’œil du Pharmacien», «l’Age de l’air», «le Partage des airs», «Les Sentiers de la tourmente» (avec Yannick Jaulin)… Deux projets sont en chantier : «Au-dessus du Monde», rencontre entre la danse africaine et la bourrée auvergnate et un travail à partir du répertoire de Joseph Canteloube. Lire la Suite

Hommage d’André Ricros (lu par Guy Villerd)

Alain

Qu’il pleuve ou qu’il vente, peu importe.

Qu’il fasse beau ou un sale temps, peu importe.

Nous sommes là debout face à tes horizons, toi le Grand, toi le Fabuleux de nos chansons, le Farfelu de nos musiques, l’Arrangeur de nos passions, le Rabillayre de nos sentiments et de nos envies.

Nous sommes là jusqu’à nos fins puisque nous n’avons pas le choix, debout face à la lune vers laquelle nous nous tournons pour hurler, pour aboyer comme des fous et des détraqués que nous sommes.

Nous sommes là, les pieds sur la terre avec nos rêves de neige, de congères, de tourmentes et avec ce satané trombone qui, trop grave, jappe, appelle un loup ou un aigle, crie son bonheur et son assurance car il sait qu’il a raison, qu’il a toutes les raisons.

Nous sommes là à tes pieds dans le regret d’une dernière phrase, d’un dernier mot, un couplet, un refrain, un accord, un son que sais-je et à tes pieds tous roulent, tout se déverse pour ensemencer ce sol afin que tu entendes durant des jours et durant des années ce que chacun de nous, au cœur de son intimité, t’a joué, t’a chanté et t’a raconté.

Nous sommes là debout avec nos peurs et nos solitudes à venir, avec le besoin de réapprendre et de retrouver cet émerveillement que tu portais naturellement en toi comme un cadeau, comme de l’eau que l’on propose au passant, comme une main tendue pour saluer celui qui marche.

Nous sommes là dans le bruit des marmites et des chaudrons, dans la magie de la soupe aux orties et dans l’alchimie de la fleck, dans l’espace de ton jardin et la vue sur les puys.

Nous sommes là dans l’harmonie et le déséquilibre de nos mémoires et nous serons toujours là dans le vertige de nos souvenirs.

Nous sommes là avec Nadine et tes enfants debout face à toi, debout et encore debout pour ne pas disparaître.

Dors mon ami dors, nous continuons de marcher ensemble.

Bonjour monsieur Gibert,

On a parlé de vous à la radio, il y a quelques jours. On a annoncé votre mort et fait entendre des morceaux de votre composition.
Il est vrai que vous étiez spécial : votre élégance tranquille, vos mots mais aussi votre besoin de créer ont eu un jour raison de votre intelligence et intuition mathématique.
Je me souviens quand vous avez quitté l’Éducation Nationale pour un choix professionnel « à risque ». Nous nous sommes rencontrés en 77, ton épouse et toi, mon époux et moi. Vous, les Gibert, nous avez aidés, nous les Roudeix, à mater le cancer qui avait déclaré la guerre à Rolland Roudeix.
Vous aviez bien des points communs toi et Roland et cela cimenta votre amitié: discrets (évitons le ridicule), pas mal séducteurs, amoureux de la vie (appliquons-nous à nous construire une vie qui prenne aux tripes, appliquons-nous à cela tant nous redoutons la mort, tâchons de donner une plénitude à ceux qui nous côtoient).
Tout cela vous autorisait à des absences, des voyages professionnels, des « performances » (ARFI, bridge, peut-être même dames de coeur) des éclipses qui nous mettaient, nous vos épouses, à plat. Vous vous faisiez désirer et haïr.

Alain, en mars dernier, tu nous avais dit que tu manquais de souffle, que tu craignais de ne plus être à la hauteur avec ton trombone. Tu étais bien le mieux placé pour en juger. Nous, Roland et moi, un peu nigauds côté musique, nous n’y avions vu que du feu. Tu doutais, tu t’attristais.

Et puis, et puis Roland a eu la malencontreuse initiative de prendre la porte de sortie début juin. Comme elle reste toujours entrouverte cette porte, tu n’as pas hésité bien longtemps. Solidaire, complice.

Ni toi, ni Roland n’êtes là désormais pour nous donner des conseils face à votre mort. Mais nous allons nous en sortir, nous les « endeuillées ». Nous allons respecter votre éthique, les gars. Nos ferons fi de nos petits maux et misères. Nous nous abstiendrons de pleurer longuement en public. Nous les veuves, nous continuerons à soigner ces chaumières que vous nous avez aidées à bâtir et qui ont,depuis un moment, été plus ou moins désertées par nos enfants.
Nous ne nous laisserons pas faire par votre absence.
Si vous avez été nos compagnons de vie, c’est bien, que morts ou vifs, vous comptiez sur nous pour tenir le cap.

Au revoir monsieur Gibert. Je vous embrasse.

Marie Roudeix

Témoignages

Les suites d’Alain Gibert

Le Glob, 26 juin 2013

Rencontres au Havre (1), ça sonne comme un titre d’un roman de Pierre Mac Orlan, un scénario de Jacques Prévert, chronique d’une ville moderne pleine de souvenirs condensés. Début mars 1984, une certaine effervescence du Collectif National des Associations de Jazz et de Musique Improvisée avait réuni au Havre, organisateurs, musiciens et autres acteurs des dites musiques. L’Arfi (2) de Lyon y était un modèle de collectif pour beaucoup depuis 1977, Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire (terme qui a tout de même beaucoup plus de gueule et de poésie que les indigestes sigles qui ont désormais pris tout l’espace). La poésie et le collectif étaient deux choses fort constitutives de l’univers d’un de ses membres fondateurs, Alain Gibert, qui lors de ces rencontres avait animé une sorte de débat où il avait dit, d’un beau sourire, qu’il n’était pas nécessaire de ne pas aimer France Gall pour être amateur de musique improvisée. L’air de rien, cette phrase avait alors grande importance. Au Havre où l’on avait aussi beaucoup rit, le tromboniste et compositeur avait créé une belle pièce intitulée « Suite, suite et fin » avec un orchestre formé de ses camarades de Lyon – Jean Bolcato, Christian Ville, Christian Rollet, Louis Sclavis, Maurice Merle et d’autres amis comme Jean Cohen, Jean-François Canape et Béñat Achiary. Suite animée de cette sève si particulière, proche de la façon populaire, manière de conte, inventivité généreuse de langues, raffinement naturel de racines puissantes, que l’on retrouve dans les pièces de Gibert pour le Marvelous Band, la Marmite Infernale, le trio Appollo, le Tour de France de Louis Sclavis, la compagnie L’Auvergne Imaginée, ses mélodies pour les chanteurs Steve Waring et André Ricros ou encore ses arrangements plein d’esprit de pièces d’Ellington pour Sclavis, transactions idéales d’univers musicaux d’apparences lointaines. Alain Gibert, marvelous conteur s’est éclipsé cette nuit à Clermont-Ferrand.

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Illustrations : « Le petit instrumentaire d’Alain Gibert » pour la revue Jazz Ensuite n° 4 avril-mai 84 et n°5 été 84 (dessins Yolaf)

(1) Rencontres au Havre : double album collectif. Phonolite-Patch-PP. 0185. Enregistré à la Maison de la culture du Havre, rencontres du CNAJMI, du 1er au 4 mars 1984
(2) Arfi

Hommages

Lu pitsumé sh’éj éndjürmii (Chariot d’or)

Robert Peyrillou, Le blog de Souillac en Jazz, 25 juin 2013

Alain Gibert, Souillac 2005

Alain Gibert, Souillac 2005

Au moment où Nelson Mandela s’apprête à laisser son peuple, à nous laisser, j’apprends avec stupéfaction la disparition d’Alain Gibert, musicien du collectif ARFI, venu à Souillac pour le 30e anniversaire du festival, présenter « Sing for freedom » ou La Marmite infernale rencontre Le Nelson Mandela Metropolitan Choir. Cette année-là, il dirigeait l’orchestre qui accompagnait le ciné-concert « L’œil du pharmacien », film en noir et blanc sur le monde paysan auvergnat. Avec lui, il y avait, outre Clément son fils, clarinettiste, André Ricros, son grand ami, cabrettaïre, directeur de l’Agence des musiques traditionnelles d’Auvergne. Alain a participé au mouvement du jazz contemporain au début du collectif de l’Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire, a travaillé en direction des jeunes et surtout à la recherche de ses racines musicales dans le terroir de l’Auvergne. Il se doublait d’une belle personne, resté deux jours avec nous, il avait accompagné les bénévoles avant de nous présenter le deuxième soir avec La Marmite Infernale, le chœur de la Métropole Nelson Mandela dirigé par Mthuthuzeli Majeke, qui recevait des mains d’Alain Chastagnol alors maire de la ville, la médaille de Citoyen d’Honneur de Souillac. Paix à Alain et Madiba, c’est le moment de réécouter Africa Mood, un traditionnel sud-africain, chant de lutte anti-apartheid, demandant à Nelson Mandela, alors en prison de guider le peuple et de le conduire à la victoire.

Presse

Illuminations #32 – Émission dédiée à Alain Gibert

Radio-Campus Tours, le 26 juin 2013 (présentation ici)

  • Sun Ra-The Beginning-The futuristic Sounds of Sun Ra 1961
  • Journey to the Lord of Power – The Halvethi-Jerrahi Dhikr, Inner Traditions1980- Ordre Halvethi-Jerrahi : face
  • Cuba la danse des Dieux-Ocora 1988 Herman C. Vuylsteke :Santeria (Batà)
  • Sing for freedom-La Marmite Infernale & Nelson mandela Metropolitan Choir(2004): Adékalom/L’internationale
  • Apollo Adieu les filles 2007– rondeau de lurdes
  • La Marmite Infernale et bagad Ronsed Mor Coeff 116-Medina
  • La Marmite Infernale Au charbon ! 2001 -Accélère un peu, tu vas caler
  • Kif KifLes deux moitiés de la pomme 2003-En Co
  • La Marmite Infernale Gloire à nos héros 1990-Lama Say Yes
  • Belgique, ballades, chants et danses de Flandre et Wallonie: Germaine, la Germaine Josephine Gregoire
  • Une Anthologie des musiques traditionnelles-Bretagne : François Lefeuvre Rond à Louis Ruellan /Félix Guégan, Iwan Thomas Dañs Fañch Guilherm Domazc
  • Grèce : Paralogues-chants traditionnels Ocora 2005 : Tou nekrou adelphou (le frère mort) (Thrace Orientale)
  • Musique populaire de l’inde du Nord (Auvidis-UNESCO 1972/1991) VA Manfred Junius : Qawali

icon_listen_100pxPour écouter l’émission

Témoignages

Hommage à Alain sur le site de l’AMTA

André Ricros, Agence des Musiques des Territoires d’Auvergne

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– La tête d’Einstein avec à l’intérieur une brocante et un ordre stupéfiant.

– Des mains de maçon qui te reliaient à ton père et à la résistance du trombone.

– Des pieds hors du lit pour être toujours dans ton histoire et dans celle de tes contemporains.

– Des yeux sur le monde mais voulant s’échapper lorsque tu soufflais dans une embouchure.

——————-

– Un imaginaire de bord des routes, tout ramasser, tout réutiliser, tout inventer.

– Une peur panique de l’injustice, une tolérance sans bornes, … une forme de génie.

——————-

– Nos pensées entremêlées avec tes gestes dans ton jardin.

– Notre amitié, notre compagnonnage, nos complémentarités, nos faiblesses, notre fraternité, nos complicités, notre amour.

 

– Aujourd’hui nos vies Gibertisées.

Hommages

Hommage d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication à Alain Gibert

Paris, le 26 juin 2013

L’Arfi, association à la recherche d’un folklore imaginaire, collectif de musiciens lyonnais fondé en 1978, est en deuil. Elle vient de perdre l’un de ses pères fondateurs, le tromboniste et inventeur de sons Alain Gibert. Autodidacte, Alain Gibert avait découvert la musique à travers sa passion pour le jazz. D’abord guitariste, il avait ensuite choisi de jouer du trombone. Il incarnait la grande histoire du jazz et de la musique libre racontée au jeune public à travers les nombreux spectacles qu’il lui a consacrés. Les adultes n’étaient pas en reste lorsqu’il collaborait avec des orchestres comme le Marvelous Band, la Marmite Infernale ou le trio Apollo, ou avec André Ricros, le chanteur de la Compagnie de l’Auvergne Imaginée, le clarinettiste Louis Sclavis et le compositeur Steve Waring. Alain Gibert laissera à tous les amateurs de jazz et de musiques improvisées le souvenir d’un artiste généreux, d’un remarquable pédagogue amoureux de l’Auvergne et de ses musiques traditionnelles et d’un infatigable expérimentateur de sons, de musiques et de chansons.

Communiqué en format PDF

Témoignages

Musicien au grand cœur, arrangeur remarquable, Alain Gibert est décédé le 23 juin.

Thierry Giard, Culture Jazz, 1er juillet 2013

Salut Alain,

Nous n’étions pas « amis » (le terme est galvaudé aujour’hui), nous n’étions pas « copains ». Quand nous nous rencontrions, nous avions plaisir à échanger quelques mots sur la musique et sur la vie, sur nos vies.
Dans mon carnet d’adresses « mail », en face de ton nom, j’avais écrit « trombarfiste », télescopage de trombone et d’ARFI, un mot à coulisse qui t’avait bien fait marrer lors de nos derniers échanges de vœux.

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Alain Gibert, tromboniste « Arfiste » et conteur hors-pair !
Photo © CultureJazz

Depuis plus de trente ans, nous avions eu diverses occasions de nous rencontrer et de partager de bons moments.

En mai 2011, à la suite du concert du duo Kif-Kif, riche de la complicité avec ton fils Clément, j’avais tenu à souligner que tu étais un des chaînons importants dans l’histoire du festival Jazz sous les Pommiers à Coutances (28 mai 2011). Nous n’en étions alors qu’aux ballons d’essai et en octobre 1980, nous avions invité le Marvelous Band qui faisait alors un bout de chemin avec Steve Waring, un autre de tes copains qui doit se sentir bien triste aujourd’hui. Un concert suivi d’ateliers d’initiation autour des percussions corporelles et de la voix. J’avais été impressionné par ton savoir-faire de pédagogue, attentif, patient, aidant, stimulant, drôle. Ce fut notre première occasion de nous cotoyer « en vrai ». Je ne te connaissais alors que par les disques de l’ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire – Lyon).

Au milieu des années 90, quand se présenta l’occasion d’impliquer ma classe de CE2 à un projet de big-band d’enfants aboutissant à un concert au théâtre de Coutances, l’enseignant que j’étais ne voulait pas manquer ce nouveau rendez-vous. Si Steve Waring (encore) était l’initiateur du projet, tu en étais le maître d’œuvre. C’est ainsi que nous avons pu nous retrouver à deux ou trois reprises au cours de l’année. Quelle énergie, quelle vitalité tu mettais dans le travail avec des mômes qui se laissaient embarquer ! Tu savais leur expliquer le sens de l’effort, du sérieux, de l’implication… Un spectacle, un concert, ce n’est pas de la rigolade, il faut travailler ! Quand l’attention se relâchait lors des répétitions finales plus soutenues et fatiguantes, tu avais toujours une histoire à raconter, un de ces contes venus de l’Auvergne que tu aimais tant, ou d’ailleurs. Ta voix, la flamme de ton regard venaient à bout des plus « durs à cuire ». Du grand art, en particulier avec des enfants « différents » (la classe d ’un I.M.E. était aussi intégrée au projet). Ces quelques jours passés ensemble, dans la classe, au théâtre se terminaient par des travaux pratiques, le soir, dans mon garage pour fabriquer ensemble et en série les kazoos et les flûtes à eau qui devaient équiper les musiciens en herbe de ce big-band éphémère. Des moments de discussion et de rigolade en famille qui se terminaient par l’écoute de quelques disques… de jazz.

Bien entendu, tout cela est anecdotique et assez personnel mais c’est aussi à travers ces moments d’échange et de partage que l’on pouvait comprendre que les relations humaines comptaient pour toi autant que la musique. Quand, en concert, on te voyait jouer, constamment engagé dans ton art, on comprenait vite que tu voulais donner du bonheur et aller chercher le public pour le faire entrer dans ton univers où toutes les musiques se rassemblaient naturellement. Avec le Marvelous Band, tu avais inventé une world-music « naturelle », libre et toujours inventive.

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La Marmite Infernale : « Le cauchemar d’Hector » – 13 mai 2012
© CultureJazz.fr

Et quel arrangeur tu étais ! Avec la Marmite Infernale, tu mettais ton talent au service du projet collectif qu’il s’agisse de crier « Gloire à nos Héros » (ta version décapante de La Marseillaise devenue Lama say yes – oui, tu étais aussi le roi du calembour et des jeux de mots subtils – !) ou de chanter la liberté des peuples avec Song For Freedom, en association avec un chœur sud-africain (tu avais « mixé » une chanson de lutte du réunionais Daniel Waro avec l’Internationale, il fallait le faire). Récemment, tu avais eu envie de « bousiller Berlioz » pour répondre à une commande du Festival de la Côte-Saint-André, ville natale du compositeur. Une approche iconoclaste qui devint plus diplomatiquement « Le cauchemar d’Hector », dernière création en date (et sur disque) de la Marmite Infernale. Nous avons évoqué ce projet à plusieurs reprises dans nos pages, sur scène et sur disque. Tu avais mis beaucoup de toi-même dans cette audacieuse création où l’âme de l’ARFI pétillait. Tu avais aussi la satisfaction de voir l’équipe se renforcer et rajeunir avec l’arrivée de « jeunes pousses » qui venaient perpétuer la flamme toujours fièrement portée par les « anciens ». Parmi ces jeunes recrues, ton fils Clément qui s’est fait aujourd’hui un prénom. À l’ARFI, il restera un Gibert pour maintenir vivant l’héritage paternel.

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Alain et Clément Gibert, trombone et clarinette basse, c’est Kif-Kif !
Photo © CultureJazz

Dans cet été naissant, tu as décidé de jeter l’éponge, sournoisement happé par une tumeur foudroyante qui aura eu ta peau. Le 23 juin, tu nous as quittés à Clermont-Ferrand, pas bien loin de chez toi (Montmorin dans le Puy-de-Dôme).
Et qu’est-ce qu’on peut faire ou dire… sinon se souvenir et toujours garder l’image d’un moustachu débonnaire qui avait toujours un mot pour rire mais qui avait la passion de la vie, des gens et de la musique qui se réinvente, se régénère sans cesse.

Salut Alain.

Nous adressons nos condoléances et nos pensées les plus chaleureuses à la famille d’Alain Gibert, à tous ses copains de l’A.R.F.I., et à ses proches.

Presse

Le musicien et compositeur de jazz Alain Gibert est décédé cette nuit

Étienne Vuillaume, La Montagne, 23 juin 2013

Tromboniste de talent, Alain Gibert, né en Haute-Loire en 1947, est décédé cette nuit à l’âge de 66 ans. Il a participé pendant plus de 25 ans à l’une des réussites collectives de la scène du jazz européen: l’Arfi.
Tromboniste de talent, Alain Gibert, né en Haute-Loire en 1947, est décédé dans la nuit dernière au CHU de Clermont-Ferrand à l’âge de 66 ans.

Né en 1947 dans une famille ouvrière du canton de Pradelles, en Haute-Loire, Alain Gibert, étudiant en mathématiques, devient d’abord enseignant. Mais en pleine vague baba cool il découvre la musique en autodidacte à travers sa passion pour le jazz.

D’abord guitariste, il choisit de jouer du trombone en 1975. Membre fondateur de l’Arfi (Association à la recherche d’un folklore imaginaire) implantée à Lyon depuis sa naissance en 1977, Alain Gibert a ainsi participé pendant plus de vingt-cinq ans à l’une des réussites collectives de la scène du jazz européen.

« C’était un être typique, génial. Il était très curieux, très attentif aux autres » se souvient son grand ami et directeur de l’Agence des musiques traditionnelles d’Auvergne, André Ricros.
« Il a beaucoup participé à la création d’un jazz français contemporain, mais aussi à la musique pour le jeune public »

Dès 1980 Alain Gibert côtoie en effet Steve Waring tant sur scène que pour l’écriture de nombreuses chansons : La Baleine Bleue, Les Grenouilles, Le Matou revient…

« Très enraciné dans son histoire, il a aussi beaucoup compté dans le domaine des musiques traditionnelles d’Auvergne, rappelle André Ricros. C’est une véritable signature musicale, une école à lui tout seul ».

En mars dernier, ce tromboniste hors pair était monté sur scène dans le Cantal avec la Cie de l’Auvergne Imaginée au musée de la Haute-Auvergne à Saint-Flour avec son fils Clément pour livrer « la teneur de ces rêves de géants », qu’étaient pour lui les volcans d’Auvergne.

La 5ème édition du festival de jazz de Rive de Gier